Récit de l‘ascension du monviso

 

1er jour : 6/08/2012

François BUSETTI

  Carte d’identité du Monviso

préambule

Le Monviso est une montagne qui nous fascine ma cousine et moi depuis bien longtemps. Notre famille étant originaire de la vallée « Val Varaita », nous avons très souvent randonné dans la région de ce Géant des Alpes et très souvent notre regard était attiré par ce pic rocheux qui nous a fait rêvé durant toute notre enfance.
Depuis plusieurs années, l’ascension du Monviso était un projet qui nous tenait à coeur.  Après avoir vu le sommet du Viso sous toutes ses facettes, il était écrit qu’un jour nous irions au sommet du « Roi de Pierre ». Et ce jour est enfin arrivé le 7/08/2012 grâce notamment à ma « petite » femme qui m’a offert pour mes 40 ans le temps nécessaire à la réalisation de ce rêve !
Cette aventure méritait bien ce carnet de route pour mettre en images et en textes cette ascension (ainsi qu’un reportage vidéo ) afin de partager cette expérience inoubliable avec le plus grand nombre et pourquoi pas donner l’envie aux lecteurs de tenter l’aventure !

Entre épaulements rocheux, couloirs d’éboulis et passages techniques, nous progressons lentement mais surement en prenant soin de s’attendre en corde tendue dans les passages délicats. 



Après environ 1H45, d’un effort constant, nous arrivons au niveau d’une série de cheminées surnommés «i fornelli » que nous escaladons avec vigueur car nous savons que l’arrivée est maintenant proche !


Sur la gauche, nous apercevons un magnifique «gendarme». A partir de ce point, on rejoint l’arête Est et après une vire, on aperçoit LA CROIX du sommet !


Une fois arrivés au sommet, le bonheur est total !


2eme jour : 7/08/2012

Le Monviso (ou Mont Viso ou Viso) surnommé le « Roi de Pierre » est le plus haut sommet des Alpes du Sud avec ses 3.841 m.

Le massif du Monviso est en grande partie situé en territoire italien. Il est entouré par la vallée du Pô, la vallée de la Varaita et sur le versant français, par la vallée du Guil (à la limite du parc régional du Queyras) .

Cette montagne est particulièrement célèbre en Italie, car c'est à son pied que prend sa source le Pô (le plus long fleuve d'Italie).


Le sommet de forme pyramidale est visible dans toute la région du Piémont. Son imposante silhouette domine en effet de plus de 500 m tous ses sommets voisins ! C’est d’ailleurs de cette visibilité exceptionnelle que cette montagne tire son nom de Monte « Vesulus » : le  Mont Visible.
Et par conséquent, du sommet du Monviso, la vue panoramique sur l’ensemble des hauts sommets des alpes (les Ecrins, la Vanoise, le Mont-Blanc, le Grand Paradis, le Mont-Rose... ) et bien sûr la pleine du Pô est phénoménale !

  Composition de l’équipe

Véronique VALLA

Pierre MAHENC

  Notre guide

L’itinéraire pour atteindre le sommet est balisé avec de la peinture jaune fluo et différents topos existent sur le sujet afin de préparer théoriquement l’ascension par sa voie normale depuis la face Sud. Nous n’étions donc pas trop inquiets sur l’itinéraire à suivre.
Mais l’ascension du Monviso nécessite de maitriser la progression sur terrain très escarpé au niveau des 500 derniers mètres. De plus, suivant les conditions météo, la présence de glaciers plus ou moins étendus peuvent nécessiter de chausser les crampons et le « crapahutage » devient par moment de l’escalade avec des pas de niveau 3a. Le moindre faux-pas peut être fatal et peut renvoyer les grimpeurs étourdis 500 m plus bas... par conséquent, il est fortement conseillé de partir en cordée si l’on n’est pas un alpiniste confirmé, d’autant plus que le risque de chutes de pierres est très important et le port du casque est quasi-obligatoire.

D’où notre volonté de faire appel à un guide de haute montagne pour nous assister dans cette entreprise.

  La marche d’approche

Plusieurs marches d’approches du «pied» du Viso sont possibles : la plus connue consiste à se rendre au refuge Quintino Sella accessible depuis la vallée du Pô. Ce refuge gardé possède une capacité de 94 places (!) et permet d’avoir un repas chaud le soir. Nous redoutions le coté « usine » de ce refuge c’est pourquoi notre choix s’est porté naturellement sur le bivouac de Forciolline (refuge non gardé) construit en 2004 et qui comporte 12 matelas. Ce refuge a non seulement l’avantage d’être plus « nature » mais en plus, le sentier permettant d’y accéder part de la vallée « Val Varaita » qui est « notre » vallée !

Durant la première heure de marche, le large sentier longe le fleuve du vallon de Vallanta.

Une petite pluie nous accompagne et nous permet de ne pas souffrir de déshydratation.

Comme prévu, le réveil sonne à 4H. Le temps d'émerger en prenant  un café bien chaud, nous quittons le refuge vers 4H40.

La demi-lune dans un ciel limpide gorgé d’étoiles éclaire nos pas et la frontale est presque inutile !

Nous progressons tout d’abord le long du lac de Forciolline et des cables permettent de sécuriser certains endroits aériens.

On laisse sur la droite, le sentier qui mène au  bivouac de Bertoglio (autre point de chute possible pour rejoindre le sommet). Vous apprécierez la profusion d’indications ! Pour rejoindre le Viso en passant par Forciolline, il faut suivre les marques Jaunes.

Arrivée au bivouac

de Forciolline : altitude 2800 m

Départ de Castello : altitude 1600 m

A Castello, le départ de la randonnée se situe au bord du bois « Bosco dell'Alevè » qui est la plus grande forêt de pins cembro d'Europe. Nous y retrouvons notre guide Pierre.

On bifurque un peu plus loin sur la droite pour remonter le vallon de Forciolline. Au fur et à mesure de l’ascension de ce vallon, la végétation très boisée fait place à un paysage minéral. Le sentier est raide et nous gagnons rapidement de l’altitude.

A certains endroits délicats, des câbles sont présents afin de faciliter le passage.

Départ : 9h45 (Castello) 
Arrivée : 13H15 (Biv Forciolline également appelé Boarelli)

D+ : 1200 m

La vue du sommet du vallon sur cet entonnoir naturel est superbe. Après l’avoir franchi, on se retrouve sur un plateau envahi de gros blocs rocheux.

Et après 3H30 de marche, nous arrivons au bord du lac de Forciolline et nous apercevons au loin le Bivouac Boarelli qui se détache nettement du paysage rocheux avec sa couleur jaune vif. 

Ce refuge est un petit bijou placé idéalement au centre de son écrin naturel que constitue ce cirque minéral.

Il a été inaugurée en 2004 et à notre passage il semblait encore en parfait état, preuve que les gens de passage ont entretenu l’endroit avec respect.

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Situé juste après la pièce à vivre, le dortoir comporte 6 matelas au niveau du sol et 4 matelas sur-élevés, disposés de part et d’autre du couloir avec coussins et couvertures épaisses. Avec les 2 matelas de la pièce à vivre cela porte seulement à 12 personnes la capacité théorique maximale du refuge. A priori, les combles accessibles via une échelle permettent d’héberger quelques personnes supplémentaires (nous ne sommes pas aller voir concrètement).

Ce refuge étant un parfait point de chute pour gravir le Viso et également pour en faire le tour, durant les mois de juillet/août, ce petit paradis est pris d’assaut et est très souvent saturé.

Le jour où nous y étions, il était plein et un groupe de 6 personnes arrivées tardivement (vers 18H) a finalement campé au bord du lac...

Nous profitons du temps libre de l’après-midi pour repérer le début du sentier que nous emprunterons le lendemain matin de nuit.

La lecture du Livre d’Or du Bivouac nous rappelle le Viso est dangereux. Le 1er message de juillet 2012 a été écrit par une personne qui revient sur le Viso un an après y avoir perdu son ami...  


Nous avons la chance de voir des bouquetins qui s’approchent sans trop de crainte du Bivouac.

Un panneau solaire permet d’alimenter non seulement un téléphone d’urgence mais également des veilleuses situées dans la pièce à vivre et dans le dortoir.


De grandes fenêtres orientés Sud permettent de laisser passer un maximum de lumière.


L’intérieur est tissé de bois clair de type Pin qui lui donne l’aspect d’un petit chalet. Dans l’entrée on trouve la pièce à vivre avec 2 larges tables et des tabourets ainsi que 2 lits  placés à chaque extrémité qui peuvent servent de canapés en journée.


A notre arrivée, il n’y a finalement qu’un Hollandais, Paul,  vieux briscard des montagnes, avec qui nous sympathisons et qui deviendra plus tard notre compagnon de route.

Comme prévu par les prévisions météo, le vent tourne et chasse peu à peu les nuages.


Pour être sûr à 100% d’avoir du Grand Beau le lendemain, nous implorons le Dieu Soleil :)

Le repas du soir sera digne d’un bon restaurant local grâce aux victuailles préparées la veille et qui ont bien lestées notre à sac à dos : saucisses aux herbes avec polenta, haricots verts et fontine, le tout agrémenté d’une bonne bouteille, ce fût Royal ! 


L’extinction des feux se fera d’un commun accord vers 21H et le réveil pour les personnes désirant entreprendre l’ascension (soit la quasi majorité des occupants) est prévu pour 4H le lendemain matin.

Départ : 4H40 (Biv Forciolline / Boarelli)
Arrivée : 8H30 (Sommet Viso)

D+ : 1000 m (dont 500 m très raide)

Etape N°1 :

Départ du bivouac de Forciolline :

altitude 2800 m

Arrivée au sommet :

altitude 3841 m

Nous arrivons au refuge Andreotti à 6H30. Ce refuge est situé au pied du Viso (3275 m). C’est juste après ce point que se trouve le glacier Sella et qu’ensuite le sentier devient plus raide. C’est aussi à partir de cet endroit que le risque de chute de pierres est bien présent.

Et d’ailleurs en début d’année 2012, ce bivouac a été victime d’une chute de pierre qui a endommagé sont toit. Du coup, il a été fermé jusqu’à la fin de la saison.
(Pour rappel, ce bivouac n’est à utiliser qu’en cas d’urgence)

Nous constatons d’ailleurs qu’un Enorme rocher assez menaçant est situé à la verticale du Bivouac !

Au pied du glacier Sella : la neige n’est pas trop dure et notre guide juge qu’il n’est pas nécessaire de chausser les crampons et l’utilisation des bâtons sera suffisante.


Passé le glacier, c’est à ce moment que les choses sérieuses commencent. Nous laissons de coté nos bâtons et évoluons maintenant encordés (corde tendue) dans une pente raide et rocailleuse avec des pas d’escalade de niveau 3a.

Sur la droite la crête dessine un profil de visage surnommé le « masque africain »

(entre la vire et le dièdre-cheminée)

Les marques jaunes sont omni-présentes et tant mieux car on peux vite dévier vers des passages beaucoup plus « délicats ».

Tracé de la voie normale depuis le Bivouac Andreotti (+ détails)

La surface au sommet n’est pas très large et heureusement il n’y a pas trop de monde.  Avec un ciel limpide, la vue est tout simplement exceptionnelle !



A l’Est, c’est toute la plaine du Pô qui s’ouvre à nous à perte de vue.

De l’Ouest au Nord, nous apercevons les vallée de l’Ubaye et du Queyras, puis le Pelvoux et les Ecrins, ensuite les aiguilles d’Arves, la Vanoise et bien sûr le Mont-Blanc et enfin le Grand Paradis et le Cervin ! 


D’ici, le lac du Viso semble bien petit.


Au Sud le flanc de la vallée «Val Varaita» se voit entièrement de Valmala, au col de Sampeyre jusqu’au Pelvo d’Elva


Nous profitons pleinement du panorama un bon moment (au moins 1H30) et avant de repartir, je tiens ma promesse faite à mon fiston en accrochant sa « tototte » sur La Croix  tandis que ma cousine accroche temporairement le mousqueton de son amie Sylvaine.


Plus le temps passe, plus l’idée de la re-descente commence à s’installer et je me prépare progressivement à affronter tous les passages vertigineux empruntés lors de la montée malgré ma peur du vide...

   

Nous le savions la redescente vers Castello est longue car il faut redescendre tout ce qui a été monté en 2 jours et lorsque que le terrain est accidenté ce n’est pas une partie de plaisir !

Afin de varier les plaisirs et pour éviter la redescente très «pentue» du vallon de Forciolline, nous avons choisi de passer par le bivouac Berardo qui rallonge l’itinéraire en distance mais permet de réaliser une descente un peu plus «douce» vers le vallon de Vallanta et finalement pas beaucoup plus longue en temps !

Par contre, il faut aimer les cailloux car l’itinéraire du bivouac de Forciolline au bivouac Berardo consiste à sautiller de pierre en pierre tel un cabri pendant une bonne heure !

Départ : 8H30 - Sommet Viso

Arrivée : 17H30 - Castello 

D- : 2200 m 

Etape N°2 :

Bivouac de Forciolline

(alt.2800 m)

Départ du sommet :

altitude 3841 m

Bivouac Berardo

(alt.2710 m)

Arrivée : Bière fraiche à Castello (1600m)

4
1
2
3
1
2
1
2

Le fait d’être en cordée et les conseils prodigués par notre guide nous mettent en confiance et la désescalade des 500 m à partir du sommet ne se passe pas trop mal malgré les passages techniques et vertigineux !

La descente n’est pas plus rapide que la montée (pratiquement 2H).

Une pause s’impose au refuge de Forciolline où nous récupérons nos quelques affaires non indispensables laissées le matin même.

Nous prenons une petite collation et liquidons (enfin) tous les vivres rapportés la veille.

Quel Bonheur de pouvoir enlever ses chaussures pour laisser ses pieds (et ses ampoules) respirer !


On refait le plein d’eau (puisé directement dans le lac) et on prend la direction du bivouac Berardo.

Après une bonne heure de marche, nous apercevons enfin le bivouac Berardo perdu au milieu des pierres.

Depuis ce bivouac, nous admirons la crête du flanc Ouest du « Vallon de Vallanta » qui mêne jusqu’au sommet de la « Punta Tre Chiosis » qui est l’un des belvédères sur le Viso.

Le sentier descend ensuite en zig-zag et l’utilisation des bâtons permet de bien épargner nos genoux mis à rude épreuve.


Peu à peu nous repassons d’un monde minéral à un monde végétal pour enfin nous enfoncer dans la forêt de pins cembro (typique de la région du Queyras).

Du bivouac Berardo jusqu’à Castello, il nous faudra encore 2 bonnes heures de marche. Au total, nous aurons tout de même crapahuter près de 9H (!) au cours de cette longue journée.


Avant de quitter notre guide et notre invité Paul (le Hollandais qui nous aura accompagner durant toute la descente), nous allons boire une bière bien fraiche au refuge «Rifugio Alevè» situé juste à coté du départ du sentier. 


Après ce moment convivial, nous nous quittons avec pleins de beaux souvenirs dans la tête et la satisfaction d’avoir réaliser notre rêve grâce à des conditions météo parfaites et sans incident !

Extrait de «Tous les Tours du Viso » des frères Vallot (voir détails technique)

  • Le Roi de pierre
  • Bivouac de Forciolline
  • Bouquetin à Forciolline
  • Au Sommet du Viso
  • Panorama depuis le sommet
  • Panorama depuis le sommet
  • Attention la Nebbia arrive !
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